Pour quelle raison l'épidémie de chikungunya a-t-elle pris tant d'ampleur à la Réunion? Les chercheurs plancheront longtemps sur la question, mais une première explication tombe sous le sens: de toutes les îles de la zone sud-ouest de l'océan Indien, la Réunion est la mieux équipée pour détecter le nombre de cas. Aussi les chiffres provenant de Mayotte, des Comores et même de Maurice sont-ils à prendre avec des pincettes.
Une chose est sûre: l'épidémie est en train de gagner du terrain dans la collectivité départementale de Mayotte. En trois semaines, le nombre de cas est passé de 30 à 247, mais les médecins de la Ddass admettent que «ce chiffre est certainement en-deçà de la réalité». Aux Comores, d'où était partie la maladie l'année dernière, aucun cas n'était identifié ces dernières semaines. Ce qui pourrait s'expliquer par le fait que les habitants de l'archipel, déjà touchés par le chikungunya, sont désormais en grande partie immunisés. Aux Seychelles, la situation semble plus critique, avec 2 000 cas estimés par les autorités sanitaires locales, qui ont demandé l'aide de la Croix-Rouge.
Mais c'est à Maurice que la situation est la plus floue. La semaine dernière, le gouvernement reconnaissait l'existence officielle d'une vingtaine de cas, mais, sur le terrain, les témoignages des travailleurs sociaux sont d'une tout autre teneur. Selon la presse locale, un seul quartier de Mahébourg, dans le sud-est du pays, présentait quelque 400 cas de chikungunya. Il faut dire que, à Maurice, reconnaître la présence à grande échelle de l'épidémie serait lourd de conséquences: le tourisme est le pilier le plus solide de l'économie nationale.